HISTOIRE : L'arbitrage d'hier a aujourd'hui
Les arbitres de football, de parfaits boucs-émissaires ?Les arbitres de football, de parfaits boucs-émissaires ?
Aujourd’hui, les articles de presse qui remettent en cause les compétences des arbitres français sont réguliers. Ils apparaissent comme les boucs-émissaires du football aux yeux de nombreux spécialistes. Mais sont-ils davantage mal vus ou critiqués qu’auparavant par les médias et les amateurs du ballon rond ? Une prise de recul historique peut permettre d’apporter une réponse.
À la lecture de différentes archives et notamment de la presse écrite, l’arbitre est un acteur constamment critiqué et remis en cause depuis sa création : il s’agit d’une constante depuis le début du XXe siècle. La fameuse « crise de l’arbitrage » est un phénomène qui revient à de très nombreuses reprises dans la presse : 1932, 1935, 1965, 1970, 1981, 1995, 2003, 2006, 2010, 2015, 2025 et encore récemment. Il n’est ainsi pas plus critiqué aujourd’hui qu’auparavant, même si la diversification des médias à travers les réseaux sociaux notamment, peuvent donner cette impression. Quelles explications peut-on alors donner à cette représentation souvent négative ?
Elle est d’abord souvent liée à une mauvaise connaissance des Lois du jeu et du rôle de l’arbitre par une grande partie des acteurs et des téléspectateurs. Cet aspect, qui ressort souvent tout au long du XXe siècle, est toujours présent de nos jours, bien que dans une plus faible mesure. Combien de personnes savent-elles aujourd’hui qu’il existe 17 Lois du jeu ?
Une des causes des critiques et violences subies par les arbitres s’explique aussi par le fait qu’ils sont les représentants de la justice et de l’autorité. Il existe un lien étroit entre la fonction d’arbitre et les métiers de l’autorité. À l’image du policier, l’arbitre doit garantir l’ordre, en faisant respecter des lois, avec un pouvoir de sanction sur autrui. La gestuelle codifiée, la tenue noire (qui s’est diversifiée depuis le milieu des années 1990) et l’usage du sifflet renforcent le pouvoir de ces figures de l’autorité. La justice devant être rendue en quelques secondes et les marges d’appréciation demeurant faibles, l’arbitre, en tant que représentant de l’institution, peut apparaître comme le parfait bouc-émissaire.
Une autre piste de cette image négative peut aussi concerner le caractère interprétatif de nombreuses décisions prises par l’arbitre. Souvent, durant le match, la passion prend le pas sur la raison. Une équipe se sent toujours lésée en lien avec la perspective qu’elle prend. Les acteurs du football émettant des jugements excessifs sont finalement de bonne foi dans leur mauvaise foi en supportant leur équipe, ce qui met de côté une pensée rationnelle. Cette raison, les acteurs l’ont presque toujours à froid ou avant les rencontres. Mais une fois que le match est lancé, ça devient plus difficile ! La passion prend le pas sur la raison et les acteurs n’ont plus la capacité de juger les choses rationnellement. D’où l’importance d’un arbitre qui, doit-on le rappeler, est neutre. Sur les décisions arbitrales, il s’agit très souvent de jugements qui sont subjectifs, avec de l’interprétation. En ce sens, il y aura toujours une personne pour dire qu’elle n’est pas d’accord avec la décision du referee. Des pistes intéressantes peuvent alors concerner le fait d’éduquer sur l’arbitrage et les lois du jeu, de travailler sur des échanges réguliers entre les différents acteurs du football autour de cette fonction tant décriée mais souvent peu comprise.
Alexandre Joly est maître de conférences à l’Université Grenoble-Alpes. Il a soutenu une thèse en 2021 portant sur l’histoire des arbitres dans le football professionnel français et a publié un ouvrage sur le sujet : Les Hommes en noir du football : Histoire d’une profession de 1919 à nos jours (Presses Universitaires de Rennes).
La Une de France Football le 10 avril 1956

