HISTOIRE : L'arbitrage d'hier a aujourd'hui
Les arbitres de football, du « sportif du dimanche » à l’athlète de haut niveauLes arbitres de football, du « sportif du dimanche » à l’athlète de haut niveau
En 1966, le Français, Pierre Schwinté dirige l’une des deux demi-finales de la Coupe du Monde opposant l’Angleterre et le Portugal. Cet arbitre Alsacien, alors âgé de 44 ans, est relativement corpulent et très peu mobile sur la pelouse. Il démontre une condition physique qui paraît insuffisante pour apprécier à distance raisonnable les situations. Pour autant, cette faible condition physique ne constitue pas un cas particulier par rapport aux autres arbitres, dans la mesure où les hommes en noir de l’époque ne sont guère plus que des « sportifs du dimanche », parcourant en moyenne 5 à 6 kms durant les 90 minutes.
Dans un contexte de médiatisation du ballon rond (avec l’arrivée de la télévision), d’augmentation de la vitesse du jeu et des enjeux, les arbitres vont progressivement s’entraîner davantage physiquement pour prendre des décisions techniques plus précises mais également pour paraître légitime aux yeux des autres acteurs. À partir du début des années 1970, Paul Frantz expose lors du stage national de la Commission Centrale des Arbitres (CCA), des conseils d’entraînement aux arbitres fédéraux. Il met notamment en évidence la nécessité pour les directeurs de jeu de passer d’un entraînement en endurance à de l’interval training. Cette méthode d’entraînement est utilisée par Robert Wurtz, qui est le premier arbitre à démontrer sur le terrain des capacités physiques similaires aux joueurs.
Face aux difficultés perçues dans ce domaine, la FIFA décide de généraliser, en 1975, le Test Cooper (courir une distance maximale pendant douze minutes, afin d’estimer la vitesse maximale aérobie) pour tous ses arbitres internationaux. La CCA l’introduit pour ses arbitres en 1976, sans obligation de réussite. Puis en 1981, les arbitres fédéraux doivent désormais le réussir pour obtenir ou conserver l’écusson FFF. La mise en place de ce test s’accompagne d’une évolution de la tenue des arbitres, qui devient plus respirante et ainsi proche de celle des joueurs.
Les exigences aux tests physiques augmentent progressivement au cours des années suivantes. Qu’il s’agisse de la distance minimale à atteindre au Test Cooper ou par l’introduction de sprints à la fin des années 80 (2 x 200 mètres et 2 x 50 mètres) et l’abaissement progressif des limites de temps exigées sur ces derniers. Parallèlement, cette sportivisation des hommes en noir s’accompagne d’une politique de rajeunissement tout au long des années 80 et 90, avec notamment la création de la catégorie de Jeune Arbitre de la Fédération en 1981.
Durant les années 2000-2010, la Direction Nationale de l’Arbitrage se dote d’un préparateur physique qui se charge du suivi athlétique des arbitres. Les tests physiques deviennent d’autant plus exigeants avec le traditionnel Test Cooper qui est remplacé par le Werner-Helsen en 2009, puis par le Yo-Yo Test en 2012 (remplacé par le SDS en 2019). Les arbitres d’élite, dans l’obligation de réussir ces tests, deviennent des athlètes de haut-niveau avec des entraînements presque quotidiens.
À titre d’exemple, lors de la finale de l’Euro 2024 opposant l’Espagne à l’Angleterre, l’arbitre central de la rencontre est le Français, François Letexier. L’arbitre de Rennes, alors âgé de 35 ans et détenant une Vitesse Maximale Aérobie (VMA) de 20km/h, démontre durant cette rencontre des capacités physiques très importantes, se trouvant constamment à proximité des actions. Ces compétences athlétiques font partie d’une panoplie de compétences attendues chez ces acteurs du jeu désormais pleinement professionnels depuis 2016.
Alexandre Joly est maître de conférences à l’Université Grenoble-Alpes. Il a soutenu une thèse en 2021 portant sur l’histoire des arbitres dans le football professionnel français et a publié un ouvrage sur le sujet : Les Hommes en noir du football : Histoire d’une profession de 1919 à nos jours (Presses Universitaires de Rennes).

ROBERT WURTZ

FRANCOIS LETEXIER

